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« Future of work » : Enquêtes sur les discours et pratiques sociales.



« L’avenir du travail » en contexte

Alors que le salariat reste dominant dans l’hémisphère Nord, de nouvelles formes d’emploi s’y inventent ou reviennent à l’ordre du jour ; elles questionnent et troublent la norme fordiste. Les usages sociaux des technologies numériques et biologiques, notoirement, sont porteurs de nouveaux modèles économiques qui renouvellent les formes de l’activité productive comme les rapports d’emploi et les qualifications, au moment où les politiques publiques favorisent l’autoentrepreneuriat.
Actuellement aussi, le regard sur les finalités du travail se teinte de nouveaux doutes avec la prise de conscience de notre entrée dans le capitalocène. La pandémie du Covid-19 aura ainsi été un moment révélateur, non seulement des risques systémiques générés par nos modes de production, mais aussi des questionnements concernant l’utilité sociale de certains métiers et emplois, comme leur hiérarchisation sociale.

Les confinements ont en outre accru le chômage, la pauvreté et les inégalités, mettant à l’épreuve les institutions de solidarité adossées au salariat. Leur pérennité et formes sont plus que jamais au centre des préoccupations sociales, économiques et politiques.

À côté ou contre ces transformations sociales au cœur de l’emploi formel, outre les critiques « du travail » et de sa valorisation morale, des expérimentations inscrites dans des traditions politiques multiples proposent, de San Francisco à Notre Dame des Landes en passant par Heathrow, de sortir des actuelles institutions du travail pour proposer, en actes, de nouvelles façons de produire, de consommer et de s’employer.

Dans ce contexte, l’avenir du travail fait l’objet d’une foisonnante production discursive par des acteurs variés. Une enquête exploratoire indique ainsi que les organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, OMC, World Economic Forum, OCDE, UE…), les États nationaux et élus locaux, les organismes statistiques, employeurs, entrepreneurs de places de marché, banques, investisseurs, cabinets de conseil, associations de « l’Économie Sociale et Solidaire », syndicats patronaux et ouvriers, partis politiques, think tanks, mouvements ou groupes sociaux militants (lanceurs d’alerte, hackers, zadistes, gilets jaunes, makers, écologistes…), urbanistes, architectes, designers, plasticien.nes, chercheurs, essayistes et médias, participent de cette production de discours et d’expérimentations sur le futur du travail.

S’ils parlent de l’avenir, c’est en réalité surtout du présent et des rapports sociaux dans lesquelles s’affrontent des intérêts de classe ou des enjeux de métiers, dont il est question. En première approche, il semble que la rhétorique du Future of Work ait pris la place du discours qui dominait à la fin du XXe siècle sur la fin du travail (the End of Work). Elle a pour caractéristique de naturaliser les transformations technologiques et la « mondialisation » de la concurrence, toutes deux considérées comme les déterminants principaux d’un changement de monde auquel les formes d’emploi et l’activité devront s’adapter. Technodéterministes, ces diagnostics prédisent avec constance un remplacement significatif voire massif du travail humain par les robots, ainsi qu’une dégradation qualitative et quantitative de l’emploi. Ils sont donc régulièrement menaçants, avant de prescrire le développement de l’auto entrepreneuriat, d’une part, et de la formation individuelle tout au long de la vie – notoirement aux compétences liées à l’usage du numérique –, d’autre part ; les propositions sur l’avenir des institutions de la solidarité, qu’il s’agisse de les supprimer, de les réformer, de le dissocier du salariat, etc. sont construites sur l’hypothèse implicite de la poursuite du capitalisme néolibéral, dans un monde physique supposé stable.

Si la recherche en sciences humaines et sociales participe activement à la production et reproduction de ces discours et pratiques, ses analyses distanciées et méthodiques du fait social sont moins connues.

Mettre en commun nos analyses des discours et pratiques

Dans ce contexte, le colloque vise à regrouper les analyses pluridisciplinaires réalisées sur les discours et pratiques sociales qui, explicitement ou non, donnent à voir la manière dont notre société se représente « l’avenir du travail » comme institution (droit, politiques publiques, statistiques…), organisation, activité concrète, mais aussi en tant que catégorie de pensée.

L’échelle géographique peut aller du plus local au transnational, de même que l’attention peut être plus ou moins historique. Les sources étudiées seront de toutes sortes : technocratiques, politiques, poétiques, littéraires, scientifiques, architecturales, gestionnaires…

Les communications proposées pourront, à partir d’un corpus et d’une méthodologie explicites, traiter des questions suivantes, en portant l’attention au contexte, afin d’appréhender les enjeux et dimensions stratégiques des discours et pratiques :

• Quelle est l’histoire et la sociohistoire des discours, expérimentations et images qui traitent de l’avenir du travail ? Quelle place prennent-ils dans les récits utopiques ou dystopiques ?
• Quelle sociologie des auteurs de ces discours et pratiques peut-on faire, qui inclue aussi leurs financeurs et commanditaires s’ils en ont, mais aussi leurs diffuseurs ? Qui mobilise ces thématiques, discours et pratiques ? Avec quelles visées et enjeux ?
• Quelles sont les catégories de pensée mobilisées ? Quelles significations sont données à celle de « travail » (work, labor, jobs…) comme à son halo sémantique (emploi, activité, production, protection sociale…) ? Quelles transformations de ces catégories sont envisagées, prescrites ou induites ?
• Dans ces discours et pratiques, quels sont les cadres théoriques, références et méthodes d’enquête empiriques, si elles existent ? Quelles sont les caractéristiques des modes de raisonnement, voire de démonstration à l’œuvre ? Quels sont les impensés ou les allants de soi dans le déploiement de l’argumentaire ? Quels travaux scientifiques sont utilisés et comment ? Quelles méthodes prospectivistes implicites ou explicites sont mobilisées et avec quelles temporalités ? Dans quelle mesure celles-ci sont cohérentes et articulées ?
• Quelle circulation des idées, croyances et références est à l’œuvre entre groupes sociaux, pays et champs ? Quelles hybridations de genre peut-on observer ? Comment certains discours ou représentations de l’avenir du travail deviennent hégémoniques et crédibles ?
• Que disent finalement ces discours et pratiques, en substance ? Quelles sont les formes d’emploi, d’activité concrète et de productions humaines qu’ils prévoient ou appellent de leurs vœux ? Quelles émotions (crainte, espoir, trouble… ?) peuvent-elles provoquer chez les contemporains ? Quelle normativité est à l’œuvre ? Avec quelles visées et justifications ?
• Finalement qu’est-ce que ces discours et pratiques sur l’avenir nous apprennent du présent, de ses représentations, fantasmes, rapports de force, objectifs et espoirs ?
• Dans quelle mesure ces discours et expérimentations sur le travail à venir ont-ils une influence sur les pratiques sociales, la subjectivation, la normativité et le lien social actuels ? Quelle dimension performative ont-ils donc éventuellement ?

Ce colloque international se tiendra à Paris les 25 et 26 novembre 2021 – avec possibilité d’y assister en distanciel pour les participants éloignés, comme en cas de confinement. Il se déroulera en français et en anglais. Une publication est prévue à l’issue de cette rencontre.

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 30 mai 2021, à l’adresse future-of-work-conference@mailfence.com, sous forme d’un résumé de 300 mots maximum, qui présentera le corpus, l’ancrage disciplinaire et théorique, la méthodologie, l’hypothèse de recherche ou les principaux résultats.

Comité d’organisation : Jean-Claude Barbier, Sébastien Broca, Marie-Anne Dujarier, Olivier Frayssé, Donna Kesselman, Corinne Nativel.

Comité scientifique

Jean-Claude Barbier, Centre d’économie de la Sorbonne (CES), Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CNRS
Susan Bisom-Rapp, Marco Biagi Foundation, University of Modena and Reggio Emilia, Thomas Jefferson School of Law
Sébastien Broca, Centre d’études sur les médias, les technologies et l’internationalisation (CÉMTI), Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
Rodrigo Carelli, Centre de recherche Trabalho no Século XXI, Universidade Federal do Rio de Janeiro
Urwana Coiquaud, Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT), HEC Montréal
Martine d’Amours, Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), Université Laval, Québec
Marie-Anne Dujarier, Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP), Université de Paris et Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE), CNAM / CNRS
Eran Fisher, Department of Sociology, Political Science, and Communication, The Open University of Israel
Yannick Fondeur, Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE), CNAM / CNRS
Olivier Frayssé, Laboratoire Histoire et Dynamique des Espaces Anglophones (HDEA), Sorbonne Université
Haud Guéguen, Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD), Cnam et laboratoire Sophiapol, Université Paris Nanterre
Donna Kesselman, Institut des Mondes Anglophone, Germanique et Roman (IMAGER), Université Paris-Est Créteil
Corinne Nativel, Institut des Mondes Anglophone, Germanique et Roman (IMAGER), Université Paris-Est Créteil
Frederick Harry Pitts, Research Group for Perspectives on Work, Bristol University
Maud Simonet, Laboratoire Institutions et Dynamiques Historiques de l’Économie et de la Société (IDHE.S), Université Paris Nanterre
Sid Soussi, Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), Université du Québec à Montréal, Québec





Documents

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