Pourquoi Arendt importe

Dossier édité par Claudia Hilb et Martine Leibovici


In memoriam Anne-Marie Roviello et Etienne Tassin




Why Arendt matters / Pourquoi Arendt importe




Table des matières


Claudia Hilb et Martine Leibovici
Introduction. Pourquoi Arendt importe

Facundo Vega
Fox Traps : Heidegger, Arendt, and the An-archy of Political Beginnings

Julia G. Smola
Hannah Arendt, une lecture républicaine

Myriam Boussahba-Bravard
Pouvoir commencer et recommencer, avec toi : les modalités de l’émancipation selon Arendt

Dick Howard
Hannah Arendt et une Nouvelle gauche

Martine Leibovici
Pervertissement totalitaire et perversion de la loi. Olivier Jouanjan avec Hannah Arendt

Nguyen Thi Tu Huy
De la chimie totalitaire chez Deleuze et Guattari au mouvement totalitaire chez Arendt

Simona Forti
From the power of domination to the power of freedom. Rethinking Arendt after Michel Foucault today

Claudia Hilb
“Des crimes que l’on ne peut ni punir ni pardonner”. Penser avec Arendt dans le débat sur le passé récent en Argentine

Aurore Mréjen
Pourquoi les distinctions d’Arendt importent. La banalisation de l’injustice sociale selon C. Dejours

Catherine Coquio
“Croire au monde” (Arendt) : un concept politique de monde au croisement de l’action et de l’art



Flyer des journées d'étude 25-26 avril 2017



Pervertissement totalitaire et perversion de la loi. Olivier Jouanjan avec Hannah Arendt


Martine Leibovici (LCSP, Université Paris Diderot)


Je repars de la notion de pervertissement totalitaire, qu’en compagnie d’Anne-Marie Roviello, nous avons proposée pour désigner la façon dont, en tant que régime directement criminel, le totalitarisme met en place des dispositifs de torsion, de détournement, de retournement des repères familiers d’une société, pour modifier de fond en comble le monde dans lequel les individus ont été formés et éduqués. Dans Eichmann à Jérusalem, Arendt suit le processus d’inversion radicale des critères moraux acceptée par Eichmann pour commettre ses crimes. Une telle inversion est directement articulée à une « perversion de la loi » (C. Lefort) centrale au totalitarisme, essentielle pour comprendre en quoi consiste l’obéissance invoquée par Eichmann pour se justifier. Il s’agit alors d’étayer ces analyses en puisant dans un ouvrage d’Olivier Jouanjan (Justifier l’injustifiable. L’ordre du discours juridique nazi), qui repère, dans le discours et la pratique nazis du droit, une diversité de processus de conversion, d’inversion, de perversion du droit. Rapprocher Arendt de Jouanjan inciterait alors à reconnaître aussi son importance pour réfléchir à la signification essentielle des formes – et non du formalisme - juridiques – pour la distance, la médiation, qu’elles introduisent dans les rapports sociaux et nous préservent du chaos organisé.


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